Jack  Treese

L'américain Jack Treese, né en 1942 à Litchfield dans l'état du Minnesota, est arrivé en France en 1968. Il devait y rester quelques mois, il y vécu en fait jusqu'à sa mort en 1991.
Oui, vous avez fait le compte, Jack Treese nous a quitté prématurément.

Fasciné par la couleur particulière qui se dégageait du générique musical de l'émission de Pierre Bonte, sur Europe 1, par cet air en mode mineur joué au banjo américain, je n'eus de cesse d'en connaître l'auteur. C'est ainsi que m'échût entre les mains un album 33 t à la pochette brune et aux photos sépias, "Maitro The Truffle Man" de Jack Treese.

Sans doute jamais l'esthétique d'un contenant n'avait été aussi en phase avec son contenu. Ce chevelu-barbu au look soixante-huitard (mais c'était l'époque) observant le caveur (ramasseur de truffes) et sa truie, la maison photographiée dans un paysage d'arbres effeuillés par l'hivers, cette impression de bonheur simple et tranquille qui se dégageait à la contemplation de ces images, tout cela était ô combien conforté par ce que renvoyait le vinyl (en fait une ode au Périgord qu'il avait adopté et qui l'avait adopté).

Personnellement, Jack Treese me fascinait d'abord parce qu'il jouait en picking. Cette technique qui faisait dresser l'oreille des gratouillardeux dont je faisais partie, était tout juste en train d'être popularisée par Marcel Dadi que je ne connaissais pas encore.
Jack Treese avait le touché particulier qu'ont certains guitaristes avec le gras des doigts, ce touché qui génère des notes au timbre mat ou cristallin, mais jamais métallique. Ce même touché en technique Frailing au banjo old-time dans " Les fleurs du mal" par exemple, dégage une ambiance que je me repasse en boucle 40 ans plus tard. Et ça n'est pas seulement de la nostalgie ... (Le grand Patrice Caratini a illustré une des pages de son site avec ce morceau, c'est dire !)

C'est connu, les mélodies en mineur sont tristes mais elles sont aussi les plus belles. Jack Treese composait beaucoup en mineur. "Les fleurs du mal" précité, "Elie's Lament" en sont quelques exemples. (Sur ce dernier morceau, l'accordéon n'est autre que celui du déjà grand Richard Galliano, devenu "immense" depuis, et la contrebasse, celle de Patrice Caratini, s'il vous plait !)

Jack Treese fut repéré par Pierre Barouh qui dira de lui "Formidable, formidable. Musicien d'une rigueur, d'une honnêteté exceptionnelle. Il pouvait jouer n'importe où, c'était d'une pureté totale. C'est un très grand guitariste."

Hélas, Jack Treese aura conforté l'adage selon lequel "ce sont toujours les meilleurs qui s'en vont les premiers". Serait-ce le prix à payer par les meilleurs d'entre les meilleurs ?
Je voulais simplement ici, lui rendre un bien trop modeste hommage personnel.


Pour télécharger ses meilleurs titres, c'est ici (Label Saravah)
Pour en savoir plus sur Jack Treese, on consultera avantageusement ce site, ou celui-ci, certaines informations ci-dessus en sont d'ailleurs extraites.

Alain Gérard

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